Comment une soirée d'amis est devenue une maison dédiée aux accords du vin et du chocolat.
Lyon, hiver 2015. Un dîner qui s'éternise, un reste de vin de Madiran, et la dernière tablette de chocolat noir 75 % d'un ami chocolatier de Bayonne. Personne n'avait prévu de les marier. Mais l'évidence s'est imposée — et la conversation s'est tue, le temps que chacun goûte.
Ce soir-là, Kevin a noté ce qu'il venait de comprendre : que les tanins du Madiran, ces tanins qu'on jugeait austères, devenaient soudain veloutés au contact du cacao. Que le chocolat, à son tour, gagnait en longueur, en élégance, en mystère. Une chimie. Un dialogue.
Le lendemain, il a rappelé son ami chocolatier. Puis un caviste. Puis un domaine viticole. Et il a recommencé, des dizaines de fois, à provoquer ces rencontres. Certaines ne fonctionnaient pas. D'autres, si — et celles-là valaient qu'on les partage.
On ne crée pas un accord. On l'attend. Et quand il arrive, on a la décence de se taire pour le laisser parler. Carnet d'accords · mars 2016
Notre travail consiste pour l'essentiel à goûter. À ouvrir une bouteille, à casser une tablette, et à voir si la rencontre tient ses promesses.
Beaucoup d'accords prometteurs sur le papier ne survivent pas à l'épreuve de la bouche. C'est très bien comme ça : seuls les bons restent.
Nous sélectionnons nos vins chez de petits domaines, ceux dont on connaît le prénom du vigneron. Nos chocolats viennent d'artisans qui torréfient eux-mêmes leurs fèves — c'est rare, et ça change tout. Le reste, c'est du temps, des notes, et l'humilité de jeter ce qui ne fonctionne pas.
Une méthode simple, répétée des dizaines de fois pour chaque coffret. Rien d'extraordinaire — sauf le temps qu'on accepte d'y passer.
Nous rencontrons les vignerons et chocolatiers chez eux. On goûte sur place, on écoute leur récit, on comprend ce qui rend leur produit singulier.
Nous testons des dizaines de combinaisons en aveugle, à plusieurs, à des heures différentes. Le matin n'a pas le même palais que le soir.
Nous soumettons les accords retenus à un jury extérieur — restaurateurs, sommeliers, gourmets sans complaisance. S'il subsiste une hésitation, on retravaille.
Chaque coffret part avec son carnet : l'histoire des deux maisons, les notes de dégustation, le mode d'emploi de la rencontre.
Nous travaillons avec des maisons à taille humaine. Pas par principe, par goût : ce sont elles qui font les produits qu'on aime.
Si l'accord n'est pas évident, il ne sortira pas. Nous préférons un coffret de moins qu'un accord qui ferait douter.
Nous écrivons, nous racontons, nous documentons. Pour que ces accords vivent au-delà de nous, dans les soirées de ceux qui les ouvrent.